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LES SECRETS DE FAMILLE

«Ne pas révéler un secret de famille à nos enfants, c’est les condamner à répéter les fautes de leurs ancêtres»

Didier Dumas

 

Le vaste sujet des secrets de famille fait toujours couler beaucoup d’encre. Le cinéma, la télévision ou la littérature regorgent de ces histoires. Derrière ces intrigues, ces silences, ces mensonges se cachent toujours la souffrance.

Quand tout va bien, est en harmonie, ça se voit, ça se sent, ça se dit, on en parle.

Quand il y a du secret, ça se manifeste également. Le non-verbal devient le réceptacle de ce secret. Les intonations du discours, les attitudes étranges, les gestes, les mimiques, le double langage entourent son existence. Certains objets ne doivent pas être approchés de trop près, certains sujets sont soigneusement évités. Mais finalement, sans en avoir l’air, le secret existe, il persiste, il est là, comme un tonton déguisé en Père Noël qui est reconnaissable à sa cicatrice sous l’oeil, mais que seuls les plus avertis reconnaîtront !

 

Qu’est-ce qui relève du secret, du non-dit ou du jardin secret ?

Dans le secret il y a forcément des non-dits, mais le non-dit n’est pas forcément un secret ! Le jardin secret relève de l’intime, de ce qui concerne le monde intérieur, les sentiments ou les désirs. Les 3 peuvent être si entremêlés qu’il est parfois difficile de les dissocier et les distinguer.

 

Le secret est intimement relié à un défaut de transmission, alors, un vide, un trou, une zone d’ombre se créent dans cet espace-là. Il est interdit de dire, interdit d’aller dans ce territoire bien gardé. Il est rattaché à une douleur, à un traumatisme non cicatrisé, à une situation conflictuelle non résolue. Il est porteur d'une mémoire qui se transmet à travers les générations suivantes. La psychanalyse et l’épigénétique confirment ces dires, ce n’est nullement une vue de l’esprit, ni une théorie d’illuminés du développement personnel, mais bien une réalité palpable et observable.

 

Certains schémas se reproduisent indéfiniment. Il y a par exemple des familles de pendus, d’alcooliques, d’abus sexuels, de maladies, de faillites…

L’histoire de chacune est unique même si des racines communes issues de la grande histoire les ont construites. Par ailleurs, il ne faut pas occulter l'importance également de la région, la culture, ou les règles sociétales dans lesquelles nous sommes nés et qui auront un impact dans la construction identitaire.

 

Certaines choses sont tues. On enferme au fond de sa mémoire ce qui nous a tant blessé et on cadenasse bien la porte pour que tout disparaisse dans les oubliettes des caveaux familiaux. Sauf que c’est bien là, bien au chaud, prêt à remonter à la surface, à venir coloniser le destin des descendants.

Il paraît que le grand-père est mort sur le front, alors qu’il s’est suicidé à son retour de la guerre.

Il paraît que le tonton est parti en voyage d’affaire, alors qu’il est mort noyé en voulant traverser la mer Méditerranée.

Il paraît que l’arrière-grand mère a eu 3 enfants, alors qu’elle en a eu 4 dont 1 issu d’un viol (on l’a fait disparaître de l’histoire familiale).

Il paraît que la tata était vielle fille, alors qu’on la mise en hôpital psychiatrique parce qu’elle s’est retrouvée enceinte à 15 ans (on l'a exclue pour éviter la honte).

 

«Les chemins catastrophiques du secret sont en effet pavés des meilleures intentions du monde» Serge Tisseron

 

Où est la limite entre ce qui peut être dit ou pas ?

Pourquoi remuer le passé diront certains ?

A quoi ça sert d’aller questionner et raviver ce qui n’est plus ?

 

Nous ne venons pas de nulle part et par conséquent nous sommes impactés par les bagages et les histoires de ceux qui nous ont précédés. A notre insu, nous portons souvent sans en avoir conscience des valises qui ne sont pas les nôtres. Alors ça nous plombe, ça nous ralentit, ça nous empêche pleinement de vivre notre propre destinée.

Le ou les secrets peuvent priver quelqu'un de données qui lui sont nécessaires pour faire le choix libre et éclairé de ses actions, de ses relations. Il n’y a qu’à voir les difficultés que rencontrent ceux dont une partie de l’histoire est manquante, ceux qui ont été séparés de leur famille ou ceux qui ont été adoptés. La question des origines et de l’histoire se pose alors systématiquement !

 

Les enfants ont le droit de savoir tout ce qui les concerne directement (origine et devenir) : place dans la filiation, décès dans la famille, enfants d’un 1er lit, modifications familiales en cours, projets de déménagement, leurs maladies ou celles de leurs parents.

N’oublions pas que l’enfant est une éponge qui absorbe les émotions de ses parents. Il ressent ce qu’on ne lui dit pas, il en sait beaucoup plus que ce que peuvent penser les adultes. Il sait sans savoir, il a l’intuition de ce qui n’est pas dit.

Ce qui ne s'exprime pas, s'imprime !

 

" Si, pour la 1ère génération le secret est indicible, il est innommable pour la suivante

et impensable pour la 3ème"

Serge Tisseron

 

Comment gérer la découverte du secret ?

Attention, ce n’est pas parce qu’une vérité est mise à jour, qu’il est possible de guérir du secret. Cette vérité est le 1er acte d’un processus souvent très long de réparation.

Il va falloir se délivrer du traumatisme et se reconstruire. Tout un mode de fonctionnement familial, de communications internes, de réseaux de complicités peuvent se trouver ébranlés et le noyau familial peut exploser (c'est bien pour ça que l'inceste est un sujet si sensible). Soyons clair, le secret peut tout simplement protéger la cohésion de la famille et le révéler, peut complètement changer la structure interne qui va devoir se remodeler et se restructurer.

 

Qu’on se le dise une bonne fois pour toute, effacer ou taire des morceaux importants de l’histoire familiale n’est jamais sans conséquence (elles ne sont pas évidemment les mêmes sur l’ensemble des descendants). Tous les membres du clan sont reliés les uns aux autres. Parfois on peut difficilement faire autrement et parfois même on le fait malgré nous (menace, chantage…), mais il est toujours possible de se faire aider et accompagner afin de ne pas perpétuer encore et encore les maux dont ont souffert nos ancêtres.

 

«L'enfant a toujours l’intuition de son histoire. Si la vérité lui est dite, cette vérité le construit.»

Françoise Dolto

 

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